Témoignage

Après plusieurs mois d’accompagnement du père Nguyen, durant lesquels l’échange a permis de préciser sa pensée, je souhaite ici exprimer mon admiration pour ce travail d’envergure et de longue haleine. Cette étude accomplit l’exploit d’un grand écart allant de l’intense scrutation du tréfonds du vivant jusqu’aux perspectives eschatologiques les plus hautes, à travers des disciplines en apparence aussi éloignées que possible les unes des autres.

Quel étrange fil conducteur Olivier Nguyen suivait-il pour ne pas se perdre dans les méandres de l’infiniment grand ou de l’infiniment petit, pour relier ainsi la mitose à l’harmonie musicale, le boson de Higgs à la spiration trinitaire ? Il ne peut s’agir que d’une intuition géniale qui, derrière les plus récentes données génétiques et biologiques, à la lumière d’une analyse philosophique, théologique et mystique, décèle une permanence immuable.

À l’opposé d’une affirmation a priori, d’une position subjective et infondée, cette mise en lumière de la stabilité des espèces d’une manière convergente, progressive, pédagogique et démonstrative, ne pourra que toucher le lecteur, car elle le rejoindra là où cette stabilité parle pour lui, que ce soit à travers le formidable instinct de survie ou de reproduction des espèces, l’admirable ordonnancement du cosmos ou d’un corps, la surprenante interdépendance d’un écosystème, la fine « mécanique » de duplication cellulaire… Un lien se fait ainsi entre tous ces motifs d’admiration qui finalement ne font qu’un, renvoyant tous à une stabilité fondamentale des espèces.

Dès lors, quelle joie pour l’homme qui comprend combien il a raison de s’émerveiller ainsi face à un vivant qui bien souvent le dépasse puisqu’il l’amène en réalité à plus Grand que lui ! Quel repos, et quelle stimulation à la fois, pour l’intelligence ainsi encouragée à scruter toujours davantage ce mystère de la nature pour en dégager les infinies subtilités, sans pour autant devoir assumer la charge, disproportionnée voire insensée, de les expliquer toutes !

Le travail d’Olivier Nguyen a l’immense mérite de redonner ainsi à toute science, qu’elle soit physique, génétique, biologique, philosophique ou théologique, sa justification et sa noblesse, en reprécisant sa finalité comme ses limites. Ainsi libérée d’un fardeau démesuré, dynamisée par des perspectives passionnantes et réalistes, chacune peut fièrement apporter sa pierre à l’édifice commun de la connaissance.

En suivant pas à pas le père Nguyen dans sa démarche, le lecteur s’ouvre progressivement à l’étendue de ce mystère du vivant, en percevant de plus en plus nettement sa stabilité constitutive. À côté de la sacro-sainte évolution, une autre manière d’envisager l’origine des espèces se fait jour, plus fondamentale, plus audacieuse, plus satisfaisante. En comprenant mieux le cosmos dans son ensemble, l’homme se comprend mieux lui-même. Une telle perspective pousse l’intelligence dans ses retranchements, mettant chacun devant la question ultime du Créateur.

Un pas très personnel, un « saut » dans la confiance est à faire pour comprendre que « Celui qui vit éternellement a créé tout ensemble [1] », que tout dans le monde « vit et demeure éternellement et [qu’]en toutes circonstances tout obéit [2] ».

Une telle vision de la Création se révèle infiniment libératrice en même temps qu’infiniment engageante. Non, l’homme n’est pas le résultat hasardeux d’une évolution animale aveugle, pas plus qu’une marionnette figée entre des Mains capricieuses. La thèse darwinienne ne tient pas ; la Genèse n’est ni un mythe naïf ni une explication à prendre au pied de la lettre. L’espèce humaine, comme toute espèce, est le fruit d’un projet déterminé avec infiniment de soin par une Sagesse qui la dépasse.

Créé libre, avec une nature, un statut et des capacités bien précises, l’homme est créé « pour », avec une finalité tout aussi précise. Le reconnaître n’amoindrit en rien sa liberté, mais au contraire l’éclaire ! Et c’est tout le sens de la Genèse – et aujourd’hui tout l’enjeu pastoral – de préciser la globalité du projet divin en même temps que le statut privilégié de l’homme en son centre.

Le travail du père Nguyen vient rassurer et réorienter l’homme en le remettant face aux vrais enjeux de son existence : il n’est pas seul face à un monde à inventer ; pour être heureux, il n’a pas à tenter de faire table rase d’un donné fondamental mais au contraire à l’accueillir et à le comprendre.

Cet ouvrage scande qu’il existe une différence fondamentale et identitaire entre les espèces, comme entre mâle et femelle complémentaires, et que c’est cette différence qui constitue l’assise du vivant, que ce soit à l’échelle végétale, animale ou humaine. La perdre de vue ou en faire fi ne peut mener qu’à d’amères désillusions.

De manière plus simple, plus modeste, mais ô combien plus lucide et plus exaltante, l’homme aimé de Dieu est invité par Lui à comprendre qui il est et d’où il vient, et à engager sa liberté, à la lumière de cette vérité, au service du projet divin : à lui de développer une écologie respectueuse de l’environnement comme de la nature humaine, d’accueillir, de protéger, de comprendre et de faire fructifier de façon responsable cette Création, et enfin de rendre grâce à Celui qui lui en fait le don. Le vrai bonheur est à la clef. Merci, Père, de nous le rappeler.

Quitterie Bestard, correctrice.


[1] Si 18, 1.
[2] Si 42, 23.