Chapitre VIII – STABILITÉ DES ESPÈCES DU POINT DE VUE DE LA MYSTIQUE

Il semble qu’il existe un axe de recherche ultime, à valeur scientifique, susceptible de projeter une lumière nouvelle sur le fondement même des choses. Cette voie, qui justifie un développement particulier, est celle de l’amour.

Il existe en effet une connaissance propre à l’amour. Ce dernier vient éclairer l’intelligence et lui ouvre des perspectives pour comprendre plus intimement la stabilité des espèces.

Le père Marie-Dominique Philippe affirmait ainsi à propos de l’amour humain : « L’amour spirituel nous permet d’avoir une nouvelle connaissance de celui que nous aimons. Nous ne le connaissons plus de l’extérieur, comme «l’autre», mais de l’intérieur. Ce regard est objectif, mais d’une objectivité tout autre que celle du regard métaphysique […]. Une telle connaissance affective semble bien nous permettre d’aller plus loin que nos connaissances dites scientifiques et objectives, car elle nous permet de saisir la personne humaine dans sa capacité d’aimer une autre personne humaine et d’être finalisée par elle […]. L’esprit ne peut être saisi de l’extérieur, comme le monde physique ; si on veut saisir ce qu’il a de propre, il faut le saisir de l’intérieur, par l’amour [1]. »

Ce qui est vrai de l’amour humain l’est encore davantage dans une perspective de sagesse, au niveau de l’amour divin créateur. La voie de la mystique, nourrie de la contemplation, offre un nouveau regard sur le monde perçu dans sa dépendance radicale à l’égard de son Créateur. Seul l’amour, qui est la raison même de la Création, comme les premiers chrétiens aimaient à le rappeler ; seul l’amour, que chacun reconnaît comme ce qu’il y a de plus grand ici-bas ; seul l’amour, qui représente un insondable mystère et une formidable densité d’intelligibilité ; seul l’amour peut permettre de percer le fondement de la structure du monde. […]


[1] PHILIPPE (Marie-Dominique), Lettre à un ami, Éditions universitaires, Paris, 1990, p. 175.